lundi 11 février 2008

Islam & Science

On m'a fait remarquer que j'en ai que pour les chrétiens ! Et que c'est injuste.

J'en conviens et je rajoute un petit mot au sujet du créationnisme islamique. Ca serait trop simple de me limiter à l'exemple le plus connu pour l'instant qu'est Harun Yahya et son Atlas de la Création. Et ça serait dommage de laisser tomber mon créationniste bien aimé qui est source de tellement d'occasions de rigoler un petit coup (multipass).

Ainsi, Via le site de la John Templeton Foundation, mentionnant le financement attribué à l'UIP, je me suis promené jusqu'au site http://www.science-islam.net/, pour lire un peu ce qui y est publié au sujet de la création.

Eh bien, allez dire à un musulman qu'il n'est pas créationniste et vous risquez de vous retrouver avec une fatwa aux fesses :

Now let’s see what picture emerges from the Quranic verses—pointers – referring to the creation of universe.

According to The Quran, the life containing universe is solely created by the Almighty God—Allah—and He is the Supreme Ruler of the universe. To this effect let me refer to few Quranic verses ;

God is the Creator of everything ; is the One, the Omnipotent. (13 : 16)

God is the Creator of everything and He is incharge of everything. (39 : 62)

Originator of Heaven and Earth, and whenever He decrees something, He says to it : ‘Be’ and it is. (2 : 117)

Do they not see how God initiates the creation, and then reproduces it ? Surely that is easy for God. Say : ‘travel in the earth and see how God initiated the creation’. Then God will create another creation ; surely God has power over all things. (29:19-20)

Your guardian-Lord is Allah Who created the heavens and the earth in six days and is firmly established on the throne (of authority) : He draweth the night as a veil o’er the day each seeking the other in rapid succession : He created the sun the moon and the stars (all) governed by laws under His command. Is it not His to create and to govern ? Blessed be Allah the cherisher and sustainer of the worlds ! (7:54)

Ceci est un court extrait de ISLAMIC CONCEPT OF CREATION OF UNIVERSE, BIG BANG AND SCIENCE-RELIGION INTERACTION, par Faheem Ashraf, Les articles peuvent être cités et republiés mais vous devez impérativement citer la source et mentionner le nom de l'auteur.

Islam & Science Female Muslim medics 'disobey hygiene rules' - Telegraph

Female Muslim medics 'disobey hygiene rules' - Telegraph: "Muslim medical students are refusing to obey hygiene rules brought in to stop the spread of deadly superbugs, because they say it is against their religion."

Ce petit lien pour filer un coup de main à Jean, qui a dépensé le fric de la John Templeton Foundation à étudier la Science et la Religion en l'Islam. Je suis presque certain qu'il a oublié de s'intéresser à des conneries du genre ;-) Il a dû en trouver des plus spirituelles.

dimanche 10 février 2008

creationnisme (ou pas)

Entre la réaction de Jean Staune chez Timothée et les commentaires autour du créationnisme chez DVANW, j'ai eu hier soir une longue discussion avec une amie, tombée des nues, dont je vais extraire ce post.


La remarque de dvanw qu'il y a une différence entre croyant et créationniste est fort juste. J'avais pris la précaution de parler des "croyants des trois grandes religions monothéistes" mais ça semble avoir échappé à la lecture. Il y a de croyants qui croient à autre chose qu'un dieu créateur de l'univers. Ainsi les deux mots ne peuvent être confondus.

Ce qui ne change en rien le fait que les chrétiens sont des créationnistes. Ca serait insultant de dire autrement, ça serait marcher sur leur credo.

Tom trouve le raisonnement malsain ! Et totope fait remarquer que "peu (très peu) des gens qui récitent le pater noster soutiendront mordicus la thèse de la création en sept jours".

Je ne vois absolument pas en quoi il est malsain de prendre acte des croyances déclarées des uns et des autres, je trouve malsain de ne pas en tenir compte. Si quelqu'un vient me dire qu'il croit en un dieu créateur je ne lui dirais pas "non tu n'y crois pas" (ce qui serait de le traiter ouvertement de menteur comme Tom semble vouloir le faire), ni ne tirerai des conclusions quant à ses croyances sur la façon dont il pense que l'univers a été créé (ce qui est le sens que donne totope quant à la thèse YEC). Il faudra que je lui demande dans quelle faction des créationnistes il se range et ce n'est qu'après que je saurais.

La discussion semble être dans le flou quant elle implique des français en particulier, des européens en général, et les problèmes potentiels que les thèses créationnistes peuvent poser dans la vie de tous les jours ne sont pas franchement le quotidien des gens avec qui j'ai eu l'occasion de discuter de ce côté de l'Atlantique. Ainsi, peu de monde s'est inquiété quand le rapport sur les dangers que représente le créationnisme pour l'éducation a été de-programmé de la discussion par l'Assemblée Européenne, et pas grand monde non plus ne s'est félicité de la résolution de cette même assemblée quelques mois plus tard.

J'avais, au mois de juin, mis de côté les deux entrées concernant le territoire français, l'une relative à l'arrosage par Harun Yahya d'établissements scolaires et universitaires avec son Atlas de la Création, qui malgré son niveau lamentable on ne peut ne pas lui reconnaître sa franchise, et puis l'UIP (et donc Jean Staune) dont l'action est voilée par un marketing travaillé très american style, probablement par sa proximité avec la JTF.

Il fut un temps où Jean Staune n'avait pas idée de cacher son créationnisme : "J. S. : Attention, il n’est pas question de dire que l’idée de création est aujourd’hui scientifiquement prouvée. Mais désormais, plus rien n’interdit à quiconque d’inférer (de déduire) logiquement l’idée de création de la recherche scientifique." Source. Ni ses relations avec le Discovery Institute. Et encore relativement récemment, prenait le temps de considérer l'Intelligent Design comme partie de la non-darwinian biology et de rappeler que Dembksi et DavidScott l'aiment tellement.

Dans la version française du point de vue pondu par Jean Staune himself, Coltrane faisait remarquer une antinomie :

Ce qui est le plus affligeant, c'est que la démarche de l'UIP tombe exactement dans les travers qu'elle prétend dénoncer :

les découvertes scientifiques récentes donnent droit de cité, sans les prouver, aux conceptions non matérialistes du monde

Croire que les découvertes scientifiques puissent accréditer une conception métaphysique (qu'elle soit matérialiste ou non matérialiste, peu importe), c'est justement ça le "scientisme"!

"Droit de cité", le droit d'admission dans un domaine, est un terme qui a disparu dans la version US.

En fait, la confusion dans l'esprit du grand public des YEC avec les créationnistes de tout poil, a fait que créationniste est devenu un terme plutôt sale, qui ne sert pas les approches marketing visant à l'introduction du spiritualisme dans la vie des tous les jours, ou dans les domaines scientifiques. Même le terme religion semble être devenu indésirable. On cherche ainsi en s'en défaire. Au moins ceux qui ont besoin de montrer une facette innovante.

La JTF ne parle plus de rapprochement de la Religion et de la Science dans le bandeau de son site, mais des Grandes Questions (Big Questions). On ne se dit plus créationniste, mais spiritualiste. Le fond reste néanmoins le même. Il s'agit de créationnisme pur et simple, souvent chrétien ou musulman, mais également juif ou bouddhiste. Il y a une graduation qui va du créationnisme des YEC et de Harun Yahya, via le Discovery Institute à des formulations plus soft. Le fait est que des découvertes, souvent le fait de scientifiques proches de l'église et fervents croyants, ont obligé les instances ecclésiastiques de faire marche arrière et d'admettre que la lecture littérale des textes sacrés devait être abandonnée. Pour ne pas être ridicules !

Dans ce cadre, le NOMA de Gould venait à point pour aider à relâcher les tensions entre Science et Religion. Je connais pas mal de scientifiques, dont moi-même, ravis de respecter le NOMA. Certains, dont moi, pensant qu'au fur et à mesure que la science répondra à certaines de nos questions, les religions diverses et variables qui persistent, perdront de plus en plus de terrain. Et peut-être même, une fraction, dont moi, ayant la quasi certitude que toutes les religions retrouveront un jour la section des mythologies, comme c'est le cas pour la majorité d'entre elles. Mais rien ne presse.

Rien ne presse tant qu'on arrive à maintenir les NOMA. Les religieux s'occupent des fesses de leurs brebis et de leur âmes (pour certains donc, dont moi, ils ne s'occupent de strictement rien d'autre que de leurs fesses) et les scientifiques de science.

Cette attitude ne convient pas aux religieux. Au moins pas à ceux qui n'ont pas de poste au sein des establishments religieux. Les NOMA les emmerdent et voudraient bien que leurs visions religieuses/créationnistes/spiritualistes/non-matérialistes rentrent de plein droit dans le domaine de la science. Non pas parce que la science prouve qu'ils ont raison, mais parce qu'elle ne prouve pas qu'ils ont tort. La démarche est illogique autant que possible, mais elle est embrassée volontiers par des spiritualistes. Dont la JTF et ses protegés, dont l'UIP.

Ce besoin de se refaire une santé dans l'esprit du public en se réclamant de la science plutôt que de la religion est vital pour eux. Comme totope le fait remarquer

La religion aussi fait partie de ces cultures évolutives qui se transmettent et se modifient de génération en génération; m'est avis qu'elle perd un peu de son caractère sacré un peu plus à chaque cycle...patience...
Je pense qu'elle a parfaitement raison. Et que c'est parce que c'est une évidence qui n'échappe pas aux religieux qu'ils s'escriment à mettre en place des scienligions.

En attendant que les religions soient correctement rangées au rayon Mythologies, il n'y a aucune raison de les laisser essayer de se déguiser pour mieux sévir. Encore au mois de novembre, il y a eu quelqu'un qui m'a traité de p'tit con parce que je disais que la France n'était pas à l'abri d'une révision de son comportement, en tant qu'état, envers les religions; il soutenait que mon idée que la loi de 1905 allait être retravaillé sous Sarkozy étaient du "catastrophisme irresponsable de scientiste" et me trouvait (lui aussi) lourd à en parler aussi souvent. Il est peut-être temps que je le traite publiquement de gros connard ! :-D Après les dires de Sarkozy. Je pense qu'il doit se préparer à bouffer sa cravate, comme il l'a promis, et moi je tiendrai également ma promesse de lui fournir une bonne bouteille de Bordeaux pour faire passer.

En attendant, les Jean Staune et apparentés exultent, parce que le business reprend :

Quel pied ! Quel bonheur de voir un chef de l'Etat faire un tel bras d'honneur à la laicité ! Je n'ai que 44 ans et je ne pensais pas vivre assez longtemps pour voir cela de mon vivant!

Plus que jamais vive Sarko !!!Source

Laissez-les faire, en prônant la patience comme totope le fait, et vous aurez des surprises.

Staune oublie volontairement les états islamistes, théocraties depuis belle lurette, le Vatican qui en tant qu'état siège à l'ONU (membre observateur)... Totope aussi les oublie et en attendant els religions ont tendance à tuer. Non pas seulement par les suicid-bombers, mais aussi à travers les tribunaux des théocraties.

Et quand on fait remarquer que la JTF est créationniste il y en a qui essaient de flatter leur source de revenus, même si les tentatives sont plutôt mal menées.

A part s'émouvoir occasionnellement quand des atteintes à la laïcité sont suffisamment évidentes pour arriver aux pages des journaux, il est possible de se positionner. Se déclarer bright par exemple ou participer à la OUT campaign, ou inscrire son blog à l'Atheist Blogroll.

La remarque de Tom au sujet du communautarisme des brights est amusant. Il n'a pas pris deux secondes pour réfléchir au communautarisme des églises... Millénaire le cumunautarisme ecclésial :-D Avec ses soldats et tout.


Bottom line pour moi, et je reste ouvert à la discussion.
Les chrétiens, y compris les catholiques, y compris les catholiques hérétiques, sont des créationnistes. Ne pas leur reconnaître cette qualité est bafouer leur credo. S'ils n'adhèrent plus à leur credo, c'est-à-dire qu'ils ne croient pas à un dieu créateur de l'univers, ils ne peuvent plus se prétendre chrétiens.

NB Pour les âmes sensibles qui s'inquiètent pour les liens et leur incidence sur la visibilité des IDiots et de JS, je fais remarquer l'usage à bon escient du microformat rel="nofollow" qui sert à signifier à Google (entre autres) que l'on ne souhaite pas que le lien soit suivi par ses robots et augmente ainsi la visibilité des pages liées. Plus ici

samedi 9 février 2008

la journée va être bonne

Quand le soleil brille, la température est douce et les femmes légèrement vêtues, et que je découvre que mon néo-créationniste préféré en est à m'insulter faute d'arguments de discussion, je sens que la journée va être bonne.

credo

Πιστεύω είς ενα Θεόν, Πατέρα, παντοκράτορα, ποιητήν ουρανού καί γής, ορατών τε πάντων καί αοράτων.

Je laisse ici la première phrase du credo de Jean pour qu'il n'oublie pas à quoi il dit croire. Son a priori majeur en fait.

jeudi 7 février 2008

Post-Darwinist: No, the Pope is not a Darwinist, but what sort of evolution does he support?

Post-Darwinist: No, the Pope is not a Darwinist, but what sort of evolution does he support?

Quand une catholique (Roman Catholic Christian), très IDiote, se paie la tête de Teilhard. Elle doit faire de la peine à Jean :-D

les affirmations fantaisistes de Pascal Picq

Jean Staune est une personne particulièrement amusante, si on prend le temps d'y jeter plus qu'un coup d'oeil à ses agissements. Plié en quatre de rire de sa dernière sortie, où il prête le bâton pour se faire battre consciencieusement. Ce n'est pas la première fois que des traductions de travers ou parsemées d'omissions transforment les propos que Staune rapporte, mais cette fois il pousse la plaisanterie jusqu'à fournir les liens qui permettent de vérifier qu'il s'agit de manoeuvres pas très honorables de sa part.

L'occasion est le livre de Pascal Picq, où la JTF et l'UIP doivent être épinglés pour leur soutien du créationnisme. Bien sûr Staune parle du créationnisme YEC et non pas du créationnisme simple, c'est-à-dire du fait de croire à une entité créatrice de l'univers, forme de créationnisme qui est souvent appelée néocréationisme pour le distinguer des plus vieilles moutures, qui datent d'avant la destruction des intuitions religieuses sur la façon dont fonctionnerait la nature par l'observation.

Voyons les marques de mauvaise foi que Staune a semé dans le communiqué de presse intitulé "les affirmations fantaisistes de Pascal Picq" :
  • La Fondation Templeton a donné 1,1 million de dollars pour l’édition de la correspondance de Darwin
    Oui, pour le développement de la section "Darwin and Religion: A Definitive Web Resource"
    This grant supports the development of a section of the Darwin Correspondence Project website to focus on Darwin and religion. It includes making available online all correspondence to and from Darwin that addresses religion as well as commissioned papers, images, a moderated discussion forum, and a theatrical production of Darwin's correspondence with Asa Gray. [Source, fournie par JS himself!, emphasis mine]
  • La Fondation Templeton à créé un consortium avec l’Université de Cambridge, « The Cambridge Templeton Consortium », pour distribuer des subventions dédiées à la biologie de l’évolution.
    The John Templeton Foundation has made up to $3 million available for research grants to stimulate and sponsor new research insights directly pertinent to the 'great debate' over purpose in the context of the emergence of increasing biological complexity, ranging from the biochemical level to the evolution of life and the emergence of society and culture. This programme seeks to enrich and deepen the rigour, quality, and scientific and philosophical basis for this debate. The focus is primarily on innovative scientific and systematic research, but projects with strong philosophical or theological components are also encouraged. Grant proposals from all sides of this 'debate' are welcomed. Source, fournie par JS himself!
  • La Fondation Templeton soutient par ailleurs des recherches dans les plus grandes universités, comme le montre les deux adresses Internet suivantes, en physique et astrophysique
    Fifteen research scientists have been awarded funding for research support as submitted in response to a Request for Proposals for a Cosmology & Fine-Tuning Research Program. Support has been made possible by the John Templeton Foundation. [Source, fournie par JS himself!, emphasis mine]

Jean Staune aimerait que mis à part les YEC et les IDiots les autres créationnistes ne soient pas considérés en tant que tels, le terme étant fermement associé avec une couche de bêtise mauvaise pour les affaires. Mais la JTF finance des études qui sont potentiellement utiles pour promouvoir le bon vieux créationnisme de toujours qui voit derrière l'univers la main d'un dieu créateur et des retombées en société de cette croyance infondée, sous forme de structures religieuses diverses et variables : financement pour la publication de la correspondance de Darwin mettant l'accent sur la religion, à la recherche de la main de dieu (et pas de n'importe lequel Intelligent Designer) à la base de la complexité biologique, voire la complexité physique avec la marotte du fine-tuning. Si on ne savait pas que la JTF poursuit un agenda créationniste, Jean Staune nous fourni les références nécessaires pour que l'on se fasse la même idée que celle exprimée par Pascal Picq : la très créationniste Fondation Templeton.

Il est sympa Jean non ? Il mâche le travail. En espérant faire avaler des couleuvres bien sûr, mais ça serait bien la première fois qu'il y arriverait.

samedi 8 septembre 2007

Vincent Fleury, la pierre de rosette de Jean Staune

J'ai longuement interrompu la critique du livre de Jean Staune "L'existence a-t-elle un sens ?", chapitre XI, à cause d'une des personnes qui y sont célébrées, Vincent Fleury. Initialement je ne pensais pas m'intéresser à son cas aussi longuement, son ignorance affichée sur les forums de Sur-la-Toile de la théorie de l'évolution et de la génétique me paraissant être des éléments suffisants pour disqualifier sa théorie qui a attiré l'attention de Staune. La discussion avec Vincent Fleury était censée être arrivée à un terme, à sa demande, le fil de discussion était clos, et j'avais entrepris la critique des divers sous-chapitres du XI sur un nouveau fil. Vincent Fleury y est venu défendre son nouvel ami Staune, s'est planté de façon lamentable (j'y reviendrai), et a détourné le sujet, à nouveau en défense de sa théorie, ânonnant ses mantras habituels. Devant la tiédeur des modérateurs, qui n'ont pas souhaité enlever les interventions hors sujet du nouveau fil, j'ai simplement quitté le forum et j'ai transporté mes critiques de Vincent Fleury sur le blog dloale.wordpress.com, où j'accumulais des articles de la littérature scientifique contredisant les positions de Vincent Fleury. Ce dernier, malgré le fait qu'il répète à qui veut l'entendre qu'il n'aime pas la polémique, y est venu discuter, non pas avec moi, mais avec une amie qui m'avait rejoint, intéressée par le cas, incrédule que Vincent Fleury puisse croire ce qu'il racontait, en particulier sur une page de son site universitaire.

Fleury y a continué le récital entamé sur SLT, faisant preuve

  • d'incompétence en tant que modélisateur pour analyser correctement une situation, soit-elle simple,
  • d'incapacité de lire et comprendre des articles sur le développement,
  • d'un flou incompréhensible concernant ses propres modèles qui se veulent des calculs exacts,
  • d'une mauvaise foi qui est inacceptable pour quelqu'un qui se réclame de la démarche scientifique.

Ainsi, la critique de la "pierre de rosette" de Staune est largement mieux étayée que ce que j'aurais pensé faire.

Vincent Fleury semble être un platonicien estimant a priori que les formes sont latentes et que l'évolution du vivant ne fait que les révéler, trouvant inacceptable l'idée que les organismes/individus puissent être déterminés par leurs génomes; plutôt anti-Mendel que anti-Darwin d'ailleurs. Dans la volée, il réfute les résultats expérimentaux en embryologie et ses modèles semblent être bâtis sur des a priori, certainement pas sur ses propres résultats expérimentaux, qu'il avoue de ne pas avoir produit pour tester ses hypothèses. Fermement convaincu d'être le détenteur d'une vérité qui ne serait pas facile à faire admettre par ses pairs, il a préféré emprunter le chemin de la publication grand public avant celui de la littérature scientifique évaluée avant publication (peer-review), se procurant ainsi un public qui serait plus perméable aux assertions ex cathedra démunies de vérifications expérimentales.

[addendum 23 avril 2009 Vincent Fleury vient de publier dans une revue de physique : Clarifying tetrapod embryogenesis, a physicist’s point of view]

Ainsi convaincu, il pense déceler des preuves de ce qu'il avance partout; soit-il dans des expérimentations dont il n'a pas lu les compte rendus, ou pas compris, ce qui est fort probable également, et qui le contredisent de façon flagrante, dans des propos qui sont nuancés mais que lui souhaiterait catégoriques pour crier à la persécution, dans des situations qui sont d'une clarté exemplaire et qu'il essaie de distordre pour les faire coller à ce qu'il souhaiterait qu'il soit. C'est un interlocuteur caractérisé par un manque complet d'honnêteté lors des échanges, prompt à avoir recours à des accusations fantaisistes, aux injures, au détournement de la discussion, mais certes pas capable de reconnaître ses erreurs et de s'excuser des phrases malencontreuses qu'il a écrites. Cette critique ressemble à une attaque ad hominem, et on pourrait me reprocher ceci, mais en fait il s'agit de la critique d'une école, école que Vincent Fleury représente tout seul pour l'instant, et que j'espère n'aura pas d'autre représentant dans le futur.

Non pas que les tentatives pour expliquer le vivant indépendamment de la génétique et l'évolution de façon anti-Darwin manquent, et d'habitude elles ne font pas long feu dans un environnement ou le flux d'information est rapide et que les théories avancées sont rapidement confrontées à des gens qui disposent l'expertise nécessaire pour les ridiculiser. Le cas le plus proche de Vincent Fleury étant Stuart Pivar, qui a été massacré par des experts en mathématiques et embryologie et qui s'est rendu mondialement ridicule en souhaitant intenter un procès à Seed Magazine et PZ Myers pour diffamation, à cause de la critique négative que ce dernier a publié (et que je trouve excellente).

Que les hypothèses de Vincent Fleury aient un quelconque lien avec la réalité ou non, nous n'en avons aucune preuve, lui-même ne semblant pas avoir considéré nécessaire de tester ses positions par l'expérimentation. Il n'est donc possible que de critiquer les bases de son raisonnement.

Il écrit clairement qu'il ne peut accepter que l'évolution soit le fait des gènes, clarifiant ainsi un a priori des plus ridicules depuis Mendel. Rien qu'avec cette assertion Vincent Fleury se disqualifie lui-même pour toute discussion sérieuse dans le domaine. Tout au plus on peut lui demander de prendre un bouquin de biologie du secondaire et le potasser, évitant pendant ce temps de se qualifier de biophysicien. Ce qui est étonnant, c'est qu'habituellement, il ne rejette pas de façon aussi catégorique la génétique. Au contraire, une des publications qu'il co-signe dit clairement le contraire : "The “hard wiring” encoded within the genome that determines the emergence of the laryngotracheal groove and subsequently early lung branching morphogenesis is mediated by finely regulated, interactive growth factor signaling mechanisms that determine the automaticity of branching, interbranch length, stereotypy of branching, left-right asymmetry, and finally gas diffusion surface area." (Source). Interpellé publiquement sur SLT pour s'expliquer sur ce point, il s'est senti agressé ! Si un scientifique ne défend pas ses position publiées face au public (des étudiants du domaine) qui l'interroge sur un revirement aussi spectaculaire, je ne vois pas comment on pourrait lui attribuer une crédibilité quelconque. Il faut au moins avoir le courage de défendre ses opinions.

Il réfute les résultats expérimentaux en embryologie. Il semble penser que ce ne sont pas là des cas réels à cause de l'intervention des expérimentateurs pour perturber le système étudié, évite soigneusement de discuter les cas où l'intervention est suffisamment écartée pour que les perturbations ne soient transmises que par le matériel génétique, pense enfin que ses modèles mathématiques sont plus réels que ce qui se passer à la paillasse d'un laboratoire de recherche. Un refus de l'empirisme qui n'est pas à l'honneur d'un scientifique et qui constitue le deuxième a priori sur le quel les réflexions de Vincent Fleury sont basées.

En général, ses a priori semblent l'aveugler suffisamment pour qu'il soit incapable d'analyser correctement une situation, même des plus simples (Jean Walker), lire un texte et essayer de le comprendre (Ptx1), observer un cas clairement exposé et essayer de le mettre en adéquation avec ses hypothèses (positionnement de L2/R2, Weiser et al., premier épisode) et le conduisent par prendre ses désirs pour des réalités (positionnement de L2/R2, Weiser et al., deuxième épisode), donnant une impression de brouillon, où tout ce qui ne correspondrait pas avec ce qu'il dit, doit être écarté à la hache, ou simplement ognoré. Il y en a qui y verront un enthousiasme plein de candeur, j'y vois un comportement indigne d'un chercheur, qui devrait aborder son sujet en essayant de se renseigner au mieux de l'état de l'Art avant de commencer à avoir des opinions personnelles, qu'il formulerait en tant qu'hypothèses et qu'il testerait avant de les proposer pour discussion à ses collègues experts du domaine.

Voilà donc ce que j'ai à dire de la "pierre de rosette" de Jean Staune, après l'avoir pratiquée par des échanges sur SLT et sur dloale, ou parcouru ce qu'il appelle pompeusement Foire Aux Questions, hébergé par un site universitaire, celui de l'Université de Rennes 1, où, au moins les questions que moi j'ai posées, sont déformées, et certes pas répondues si ce n'est par du charabia, l'exemple le plus lamentable étant FAQ 2, qui mérite la lecture (voir en fin de post).

Jean Staune, prudent quand il inclue dans son écurie un exemple qui n'a pas eu encore le temps d'être éprouvé, entame le sous-chapitre où il présente Vincent Fleury et sa théorie en ajoutant au titre plus que la précaution d'usage : "Et si l'évolution de faisait (presque) indépendamment de la sélection ?" Il a beau formuler ça comme une question, il s'ajoute un deuxième préservatif, ce "(presque)" qui est déjà un désaveux du positionnement rejetant la théorie qu'il va présenter. Pour éviter d'introduire Vincent Fleury, illustre inconnu en dehors d'un petit cercle, il démarre avec des allusions à Simon Conway-Morris qui est en train de grignoter les fonds de la Fondation John Templeton, qui finance également Jean Staune, puis il nous fait une de ses pirouettes de prestidigitation rhétorique en impliquant Stephen Jay Gould et Marc Godinot ("paléontologue du Muséum national d'histoire naturelle, considéré comme tout à fait orthodoxe", ajoute Staune, pour qui le prestige et l'orthodoxie de ses références est essentielle, n'ayant pas lui-même la moindre stature et certes pas les compétences nécessaires pour discuter de biologie). Je ne connais pas Marc Godinot, mais Jean Staune ne fait que citer ses opinions et chacun peut en exprimer autant qu'il le souhaite, ça ne fait pas des dites opinions des faits sur les quels on pourrait baser un raisonnement scientifique autre que celui permettant de bâtir des hypothèses. Et les opinions de Marc Godinot ne doivent pas être exemptes d'une certaine religiosité, pour preuve son implication en tant que vice-président, actuellement, de l'association des scientifiques chrétiens "Réseau Blaise Pascal", qui a comme devise "Science, Culture et Foi", reprise en sous-titre, sous la forme "Réseau de groupes francophones autour de sciences, cultures et foi chrétienne". [update 9 mai 2008 - En lisant "Connaître n° 26, publiant les actes du colloque "Création contre évolution ?", publiant une intervention de Marc Godinot, j'apprends un peu à le connaître lui. Et ce que je lis me plaît plutôt, son opinion au sujet de "la rosette" n'étant pas loin de la mienne :-) Il trouve que Fleury parle de paléontologie de façon affligeante, et il semble ne pas être très en phase avec les déformations géométriques à la d'Arcy]

Pour Staune : "la question est de savoir quelle est l'influence réciproque de la sélection et de ces contraintes du développement", 'ces' faisant allusion aux contraintes limitant les possibilités d'êtres vivants. Le sophisme est posé, pas si délicatement que ça. Si on pose la question en quoi ces contraintes sont différentes de la sélection naturelle, pourquoi les dissocier et aller même jusqu'à les opposer, on n'obtient aucune réponse. C'est dans cet écrin fallacieux que Jean Staune vient déposer Vincent Fleury, "(chercheur au CNRS, biophysicien, spécialiste du développement des formes)", comme il précise.

Il est dit que Vincent Fleury n'hésite pas de proposer une théorie radicalement nouvelle de l'origine des êtres vivants dans laquelle la génétique [b] ne joue qu'un rôle secondaire. Et c'est vrai que Vincent Fleury n'hésite pas. Il y a une précision que j'ai omise mais signalé par [b], que Staune place entre parenthèses, mais qui mérite d'être examinée à part : [b = "et donc les processus darwiniens de mutation et sélection"]. Bien sûr Darwin ne connaissait pas la génétique, ni les mutations. Bien sûr Vincent Fleury ne s'y connaît pas suffisamment en biologie pour qu'on lui reproche une telle confusion, mais Staune, lui, est au courant de l'histoire des sciences suffisamment pour que cette erreur lui saute à la figure. Mais son enthousiasme l'emporte et il laisse cette énorme bourde en toutes lettres page 306, §2 de The Book.

Il continue avec une phrase qui est la clé de voûte autour de laquelle Staune bâtit la présentation de Vincent Fleury : "Fleury analyse le développement de l'embryon à partir de la première cellule, et montre que les dynamiques internes qui s'y développent peuvent être analysées par des concepts physiques précis. La base de la théorie repose sur le calcul de la déformation induite dans le tissu vivant par une cellule qui se déplace."

Bien sûr il est possible d'analyser le développement par des concepts physiques précis. Mais ce n'est pas ce que Vincent Fleury fait. Il ne part pas de l'observation et de la mesure pour aboutir à une modélisation. Il m'a fallu plusieurs mois d'échanges pénibles pour avoir confirmation du fait que Vincent Fleury n'a pas testé ses modèles expérimentalement. Et que les propriétés et les raisons de déplacement des cellules durant le développement non pas seulement lui échappent, mais il refuse obstinément de les prendre en compte (refus de l'empirisme mentionné ci-dessus).

La conclusion de Vincent Fleury qui a attiré l'attention de Jean Staune est le sous-titre du livre dloale : le sens de l'évolution. Vincent Fleury pense que l'évolution a un sens. Son approche est plutôt naïve, procède d'une analogie injustifiée et injustifiable avec la diffusion, et porte la marque du handicape dû à son ignorance, avouée, des travaux sur la directionnalité d'évolution d'un caractère, sous l'effet de la sélection naturelle, et les changements de sens lors des modifications des conditions caractérisant le milieux sélectionnant. Ainsi il peut penser ce que bon lui semble et ça n'a pas la moindre importance et ses qualifications universités n'y apportent aucun poids. Autant demander à Madame Soleil ce qu'elle pense de la météo du 14 juillet 3012 ou à Elisabeth Tessier son opinion sur la théorie des cordes.

Jean Staune, encore un fois prudent, il dit qu'il est trop tôt pour porter un jugement global sur l'approche de Vincent Fleury. Mais il est assez tard pour porter un jugement sur l'approche de Jean Staune. Il s'est saisi de la théorie de Vincent Fleury en ne se posant pas les questions de base que quiconque réalise une enquête scientifique devrait se poser au sujet des postulats de base, de l'adéquation de la théorie avec les données expérimentales, de la solidité de l'argumentation face aux critiques des experts du domaine. "N'importe quoi à condition qu'il semble contredire Darwin" est l'approche de Staune. N'importe quoi pour faire semblant.

Quatre raisons sont données qui rendraient l'approche de Vincent Fleury intéressante :

  1. elle serait la "pierre de rosette" qui donnerait un semblant de respectabilité aux thèses d'Anne Dambricourt-Mallassé, Jean Chaline, Michael Denton, Rosine Chandebois, D'Arcy Thompson, Simon Conway-Morris; je pense que ces personnes devraient chercher leur bonheur ailleurs (pour celles qui sont vivantes), mais il n'est pas impossible qu'ADM y voit une vague lumière pouvant la soutenir, mais sur une base qui n'est pas à la hauteur de son empirisme, dont on ne peut la priver, elle.
  2. parce qu'elle montre que la situation n'est pas figée dans les science de l'évolution; je ne sais pas pourquoi Vincent Fleury en particulier en est une preuve pertinente, il y a des longues discussions sur la théorie de l'évolution, certes essentiellement darwin-like quand il s'agit de discussions scientifiques et l'ignorance affichée, avouée même pour certains sujets, de Vincent Fleury ne le rend pas pertinent.
  3. elle montrerait que l'évolution des êtres vivants repose sur des concepts simples; Jean Staune est incapable de comprendre un concept aussi simple que variation/sélection et il croît que le concept de Vincent Fleury est encore plus simple !
  4. elles constituerait un exemple parfait des "nouvelles lunettes" permettant de voir l'évolution différemment; en ami qu'il se déclare, Jean Staune devrait offrir des nouvelles lunettes à Vincent Fleury, avec l'espoir que ce dernier pourrait mieux lire, sa façon de voir et d'interpréter n'étant certes pas une garantie de succès, quel que soit le domaine abordé, d'après ce qu'il a pu nous montrer lui-même.

Aucune des quatre raisons ne me semble pertinente.

La question reste quand même : pourquoi certains, dont Jean Staune et Vincent Fleury, s'acharnent à extraire du concept de la sélection naturelle une partie, dans le cas présent des/les lois physiques, et par la suite font semblant que ce sous-ensemble serait en opposition avec la sélection naturelle ? Ils ne se rendent pas compte du ridicule de leur approche ? Et si non, pourquoi ?


Extrait de Foire aux questions, de Vincent Fleury, website de l'UMR CNRS 6626, Groupe Matière Condensée et Matériaux, CNRS/Université de Rennes 1.

FAQ 2 (Antoine Bordeaux) Des travaux montrent que ça n'est pas possible de considérer un objet mathématique qui serait "l'adaptation" ("fitness") en fonction des gènes.

réponse - je ne considère pas du tout le "fitness" en fonction des gènes, mais le "fitness" en fontion de la forme, dans le vrai espace des formes telles qu'on les voit. L'espace que je considère est l'espace où les paramètres du génôme sont reparamétrés sur les paramètres physiques réels, qui dimensionnent le problème : ex: la longueur d'une patte peut évidemment dépendre de mille gènes, mais ces gènes ne pourront produire qu'une patte plus longue ou moins longue, dans une space de toutes les pattes, de petites à longues. Le paramètre "longueur de patte" est pertinent pour analyser l'adaptation, pas le paramètre "gène untel". Cependant, d'où sort cette longueur de patte? Elle sort d'un écoulement visco-élastique du bourgeon de membre, dont les paramètres sont la durée de croissance T, la viscosité du tissu, l'épaisseur du tissu, en gros. La vitesse de croissance, dans une hypothèse simple de type loi de D'Arcy sera propotionnelle à bcarré/viscosité. Par conséquent, la longueur de la patte sera fonction de Txbcarré/viscosité. Des milliers de gènes peuvent modifier T, b ou la viscosité, en provoquant simplement le même effet adimensionné, qui ne dépend que du produit bcarréT/viscosité. Dans ce cas, le paramètre bcarréT/viscosité est le bon paramètre du problème, et au fil des mutations affectant ce nombre, la patte s'allonge stochastiquement, avec une diffusion vers les grandes pattes.

chairedepoule.jpg

Exemple d'allongement dû à une modification des paramètres biophysiques du problème. Une sphère fibrée tend à devenir plus pointue si les fibres sont plus raides. Si on change dans le modèle la raideur des fibres de façon continue (en haut à gauche pas de fibres, en bas à droite plein de fibres), on obtient un allongement et la sortie d'une pointe. ça évoque l'effet chaire de poule : une petite boule de muscles (le follicule) se contracte, et ça sort vers le haut une petite bosse. Cet exemple (construction de Wulff d'une surface dont la tension de surface diverge au pôle par effet de rétrécissement des anneaux de fibres) montre comment un principe physique simple, associé à une variation des paramètres matériels, induit un changement de forme déterminé. Je pense que cela a également à voir avec la croissance des plumes.